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Célébration des vendanges 26 septembre 2010

Célébration des vendanges, 26 septembre, 2010
Lectures : Proverbes 31, 4-8 et Matthieu 26, 26-30




A en croire une certaine locution latine – in vino veritas – la vérité, c’est dans le vin qu’on la trouverait.

La vérité ne sortirait pas seulement de la bouche des enfants : elle surprendrait aussi les grandes personnes un peu imprudentes, celles qui ont déjà fait santé plus de 4 fois et qui ne s’en sont pas aperçues.

In vino veritas.

On aurait aimé savoir si cette vérité surgit une fois que la barre des 0,5/mille a été franchie. Mais le dicton ne le précise pas.
On aurait aimé savoir, aussi, à partir de quel taux d’alcoolémie la vérité qui apparaît mérite encore ce nom. Avec le vin, à la longue, la pensée devient plus confuse, et les paroles se muent en cafouillage…

In vino veritas.

En admettant que ce dicton dise vrai, devrions-nous en conclure que les dégustateurs d’apéritifs sont en fait des chercheurs de vérité ? et les participants à la fête des vendanges des hommes en quête spirituelle ?

La question mérite un détour.
La vérité que le vin délivre est toutefois une vérité avec un « v » minuscule, une vérité tout humaine.
In vino veritas est une phrase qui, rappelons-le, ne vient pas de la Bible. 
Eh non. Pas plus d’ailleurs que de l’univers religieux.

Ce serait plutôt une idée populaire.
Une citation latine particulièrement appréciée des érudits de la table ronde.

Elle a fait sa place dans la littérature.
Emile Goudeau, nous l’avons entendu, lui dédie un poème (Le vin de vérité ).   

In vino veritas raconte une expérience courante.
Cette expérience la voici :  le vin aurait cette faculté de délier les langues.
Sous son emprise, le consommateur serait porté à prononcer une vérité qu’il se serait interdit s’il était resté sobre.
L’homme qui a bu devient expansif. La vérité lui échappe alors.

La vérité ? Mais quelle vérité ?

Une vérité personnelle ;
une opinion à propos de quelqu’un, un ressentiment, une histoire cachée ;
quelque chose qu’on estime bon à ne pas dire ;
par peur de blesser ;
pour protéger, ou se protéger ;
par peur de révéler ;
par peur de susciter un conflit.
Le vin, en ce sens, serait un traître. 
Sans qu’on le veuille, il offrirait les clés de notre mémoire à toute la compagnie.

Nous voyons maintenant que ce dicton, in vino veritas, nous conduit plus loin.
Il nous dit que les êtres humains ont en eux une part de vérité qu’ils ne souhaitent pas révéler ; que leur expérience leur inspire la prudence ; que toute vérité n’est pas bonne à dire.

Ainsi donc, à côté de toutes les petites vérités que le vin a pu révéler autour de la table dans l’histoire des hommes, il en demeure une plus grande, à savoir que tous, nous avons notre vérité.
C’est la vérité de notre être, la vérité de notre personne, la vérité de notre vie.

Et c’est là peut-être la vérité qui compte vraiment.

Dans le livre des Proverbes que Gaby nous a lu tout à l’heure, un roi parle à son fils et lui rappelle que la misère, le désespoir conduisent parfois à la boisson.
Cela aussi est une vérité : la vérité de la soif inextinguible. Ce buveur-là boit non pour révéler sa vérité, mais pour tenter de la noyer dans les boissons fortes.
Le vin surconsommé raconte à sa manière la vérité misérable d’une personne encline au désespoir.

In vino veritas.

La vérité de l’homme est donc parfois présente dans le vin qui la révèle.
Mais cette vérité n’est peut-être pas celle qu’on espère. C’est une vérité parfois cruelle comme peut l’être une caricature. De celles qui mettent en évidence nos travers.

La vérité qu’on espère – celle qui correspond à notre soif profonde – paraît soudain bien éloignée de la vérité qui se dit dans le vin.

Mais alors, où est-elle, cette vérité avec un grand V ?
Cette vérité forte, consolante, sur laquelle s’appuyer ?
Où demeure cette vérité qui ne trahit point ?

Ainsi que nous l’avons lu dans l’évangile de ce jour, le Christ a choisi une coupe de vin pour dire qu’il se donnait à nous.

C’est dire qu’à travers le vin de l’alliance, à travers la coupe de bénédiction, une autre vérité se donne.

Une vérité d’acceptation, car nous sommes acceptés.
Une vérité d’accueil, car nous sommes accueillis.
Une vérité d’amour, car nous sommes aimés.

In vino veritas : voici que ce dicton prend une forme religieuse.

Dans le vin partagé à l’église, le dimanche lors d’un culte ou lors d’une messe, se dit la vérité de Dieu.

Une vérité qui accueille toutes nos petites vérités.
Nos vérités difficiles. Nos vérités faciles.
La vérité de nos complexes et celle de nos fiertés. 
La vérité de notre vie, telle qu’elle est et sans restriction.

In vino veritas.

Parce que le Christ ne s’est pas contenté de nous raconter l’amour de Dieu.
Il l’a aussi dit en actions.
Cette vérité, il l’a dite à en perdre sa vie.

Entre catholiques et protestants, entre humains de différentes cultures, de différentes religions, nous sommes conduits à nous souvenir de ceci : nous sommes acceptés en vérité. Acceptons-nous les uns les autres en vérité.


***
Ce matin, nous avons donné un sens spirituel à un dicton populaire !

Je pense que les autorités d’Eglise ne nous en tiendront pas rigueur.

In vino veritas,
Dans le vin de la table ronde se donne la vérité de l’homme.

In (di)vino veritas,

Dans le vin de la table de communion, dans la vie et l’évangile du Christ se donne la vérité de l’amour de Dieu. Amen

Pierre-Philippe Blaser, 26.09. 2010