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Message du 14 décembre 2008

Message du 14 décembre 2008

Lectures :
Esaïe 49, 1-6
I Thessaloniciens 5, 14-24
Jean 1, 19-28

JOUER UN ROLE SYMBOLIQUE


Quand on dit de quelqu’un qu’il « a joué un rôle symbolique », lors d’une réception par exemple, ou dans un grand rassemblement associatif, ce n’est en général pas pour lui faire un éloge !

Parler de rôle symbolique, c’est une manière polie de désigner un rôle de figurant, un rôle insignifiant. En d’autres termes, cet individu n’aurait pas été là que personne n’y aurait rien vu. Son absence eût passée inaperçue !

Le contraire d’un rôle symbolique, c’est un rôle déterminant, un rôle crucial, un rôle important. Ce qui de nos jours et dans nos contrées semble avoir une réelle valeur, c’est de jouer un rôle déterminant dans le cours des événements.

Bref, vous m’aurez suivi, un rôle symbolique, dans le langage courant, dans le langage des journaux aussi, c’est souvent un rôle sans importance, qui vaut que pouic !

Pourtant, le mot « symbole », si on s’intéresse à lui, est un mot riche, propre à susciter la réflexion. À l’origine, dans la Grèce antique, ce mot désignait un objet en deux parties capables de s’emboîter parfaitement. Lorsque deux personnes s’unissaient par un pacte, elles recevaient chacune une partie de l’objet. Chaque membre du duo ne possédait ainsi que l’une des deux parties d’un tout.

Plus tard, le mot « symbole » a signifié : mettre ensemble, réunir, expliquer.
Le symbole en effet permet d’exprimer des choses au-delà des mots. Dans un symbole, il y a mille mots. Une signification qui va plus loin.

C’est ce qui le distingue du signe. Prenons les panneaux de signalisation de la circulation routière, eux signifient une seule chose :
Stop = stop ; sens interdit = sens interdit. Imaginez un instant que nous nous mettions à interpréter les panneaux de signalisation routière à chaque fois comme des symboles : cela donnerait un joyeux pétrin!

Mais le symbole, lui, peut avoir des significations multiples.

Cela explique la place qu’il occupe dans la vie religieuse.

Un peu partout, de par le monde, dans les rues, sur les maisons ou les corps humains les symboles prennent leurs quartiers.
La Bible, d’ailleurs, en est truffée.

Le symbole réunit un sens commun, visible, directement compréhensible, et un sens plus spirituel, plus difficile à saisir en quelques mots.

Prenons la croix. La croix est un symbole religieux qui se réfère aux supplices du Christ, a sa mort, au don de soi. Mais il réunit aussi, par sa ligne horizontale et sa ligne verticale, deux dimensions de la vie, deux univers. Le monde des hommes, horizontal, et le monde de Dieu vertical. La croix est une manière d’appréhender Dieu. De le sentir proche des hommes et de leur vie intérieure. On n’a jamais vraiment fini de parler de la croix. Il y a dans ce symbole une source pour la parole.

Prenons la crèche. La crèche aussi est, de prime abord, une image facile à identifier. Elle a pourtant valeur de symbole parce qu’elle raconte, imperceptiblement, quelque chose de doux, d’universel, de profondément humain. La crèche se laisse comprendre par les petits et par les grands, elle parle aux hommes par-delà les mots. Elle contient un message de paix et de vie, sans pour autant utiliser des phrases.

Dans les pages d’Ecritures lues ce jour, trois personnes ont joué au fil de leur vie, un « rôle symbolique » : le prophète Esaïe, Jean-Baptiste et l’apôtre Paul.

Le prophète Esaïe comprend qu’il a reçu la vocation de réunir les hommes de son peuple dispersé. Il est serviteur de Dieu : il a pour vocation de mettre ensemble, de réunir, le peuple avec lui-même et le peuple avec son Dieu : « Le Seigneur déclare qu’il m’a formé dans le ventre de ma mère pour être son Serviteur ».

Jean-Baptiste est interrogé par le pouvoir de son époque. On lui demande avec empressement « Qui es-tu ? Que fais-tu ? Quel est ton rôle ? Es-tu le Messie (c’est-à-dire quelqu’un qui doit jouer un rôle déterminant) ? Et Jean-Baptiste, répond : « non, non, non, moi, je suis la voix qui crie dans le désert ». « Moi, je joue un rôle symbolique. Je fais en sorte que le cœur des hommes et des femmes soit préparé pour recevoir quelqu’un qui est plus important que moi, pour recevoir la présence de Dieu parmi les hommes ».

L’apôtre Paul, lui aussi, à travers ses épîtres, joue un rôle symbolique. Il souhaite que les récepteurs de ses lettres orientent leurs pensées vers le ciel, qu’ils redécouvrent leur vie spirituelle. « Que Dieu, source de paix, fasse que vous soyez totalement à lui… Saluez tous les frères d’un baiser fraternels .  On retrouve ici les deux dimensions de la croix : le lien entre les êtres humains ainsi que le lien entre les êtres humains et Dieu.

Jouer un rôle symbolique, en définitive, ce n’est pas jouer un rôle insignifiant !
Notre manière contemporaine de voir les choses et de voir le monde, nous a peu à peu habitués à mettre l’accent sur ce qui est matériel, palpable, directement compréhensible. C’est une façon de nier une part de nous-mêmes. Parce que nous avons besoin du symbolique. Le symbolique qui unit et réunit. Parce que le symbolique nous permet de nous redécouvrir nous-mêmes et d’approfondir notre dimension spirituelle.

Le travail de nos églises, la place de nos communautés religieuses, est quelquefois perçu comme symbolique dans un sens un peu dévalorisant, dépréciatif. Nous redécouvrons aujourd’hui l’importance du symbole, l’importance de ce qui unit et de ce qui réunit. L’importance d’exprimer et de méditer sur ce qui outrepasse les mots.

Le temps de l’Avent qui se poursuit et de Noël qui s’approche nous permettra de nous positionner face à l’appel de l’apôtre Paul :
« Que Dieu, source de paix, fasse que vous soyez totalement à lui ».

PPB